đ§âđŒ Lâaffaire De Gennaro, Prestipino et le systĂšme de pouvoir
Il est nécessaire de poser une question restée trop longtemps étouffée dans la poussiÚre des archives et dans le brouillard de la propagande :
Gianni De Gennaro a-t-il vraiment Ă©tĂ© un serviteur de lâĂtat ou a-t-il Ă©tĂ© envoyĂ© en Sicile pour surveiller, freiner â ou pire â trahir Giovanni Falcone ?
Lorsque Falcone fut transfĂ©rĂ© Ă Rome en 1991, De Gennaro dirigeait le SCO (Service central opĂ©rationnel), et ce nâest quâaprĂšs sa mort quâil fut promu Ă la tĂȘte de la DIA. Ă cette Ă©poque, les bombes explosaient, les juges mouraient, et les hommes âbien placĂ©sâ Ă©taient rĂ©compensĂ©s.
Câest un fait : dans lâhistoire de la RĂ©publique, de nombreuses promotions se sont faites sur les ruines de ceux qui luttaient vraiment pour la vĂ©ritĂ©.
Qui peut exclure que De Gennaro, homme des services et bras opĂ©rationnel du renseignement antimafia, nâait pas Ă©tĂ© envoyĂ© prĂ©cisĂ©ment pour surveiller Falcone ?
Qui peut garantir quâil nâa pas eu un rĂŽle dans le climat dâisolement qui lâa tuĂ© ?
Qui peut nier quâaprĂšs les massacres, câest lâĂtat lui-mĂȘme â politique et profond â qui a rĂ©compensĂ© les plus fidĂšles ?
Aujourdâhui, on retrouve De Gennaro Ă la tĂȘte du consortium Eurolink pour le Pont sur le dĂ©troit. Pas comme technicien, mais comme homme du systĂšme.
Et alors le doute est plus que lĂ©gitime : un homme qui a traversĂ© les lieux du sang et en est sorti toujours plus puissant peut-il vraiment garantir la lĂ©galitĂ© dâun projet de plus de 120 milliards dâeuros ?
Cette question nâest pas une diffamation. Câest de la mĂ©moire. Câest de la protection pour lâavenir.
Le 1er avril 2025, dans un restaurant romain surveillĂ© par les autoritĂ©s, un dĂ©jeuner a eu lieu qui Ă©branle aujourdâhui tout le systĂšme institutionnel italien.
Le protagoniste le plus discutĂ© est Michele Prestipino, procureur adjoint Ă la Direction nationale antimafia, enquĂȘtĂ© pour divulgation de secret professionnel.
Il aurait partagĂ© des informations confidentielles sur des enquĂȘtes contre la ândrangheta avec Gianni De Gennaro, prĂ©sident du consortium Eurolink (chargĂ© du projet du Pont sur le dĂ©troit), et Francesco Gratteri, conseiller en sĂ©curitĂ© pour le mĂȘme projet.
Gratteri est un ancien haut dirigeant de la police, Ă ne pas confondre avec le magistrat Nicola Gratteri. Bien quâils ne soient pas actuellement inquiĂ©tĂ©s, leur prĂ©sence Ă cette table, impliquĂ©s dans un grand projet public Ă trĂšs haut risque mafieux, soulĂšve des questions troublantes : comment est-il possible que des hommes du pouvoir dĂ©jeunent avec des magistrats antimafia pour parler de secrets dâenquĂȘte ?
Comment De Gennaro, ex-patron de la police et des services secrets, sâest-il retrouvĂ© Ă diriger Eurolink ?
A-t-il Ă©tĂ© placĂ© lĂ pour garantir la transparence et la lĂ©galitĂ© ou pour affiner un systĂšme criminel dâĂtat capable de mener en silence lâune des plus grandes escroqueries de lâhistoire italienne ?
Faut-il se demander : ont-ils utilisĂ© De Gennaro pour piloter lâarnaque du Pont de Messine ? Et discutaient-ils, lors de ce dĂ©jeuner, de qui sera le prochain âsacrifiableâ, comme cela sâest dĂ©jĂ produit dans dâautres massacres dâĂtat ?
Est-ce mal de penser du mal des institutions ?
Ce serait le cas si les faits ne confirmaient pas ce schĂ©ma : un systĂšme politico-criminel qui utilise la magistrature, les mĂ©dias et le pouvoir dâĂtat pour se protĂ©ger lui-mĂȘme, frapper les indĂ©sirables, offrir au peuple quelques coupables utiles â complices ou innocents â mais jamais les vĂ©ritables commanditaires, jamais les vrais gestionnaires.
Et les prĂ©cĂ©dents ne manquent pas : dans le cas du massacre de Capaci, un faux repenti, Vincenzo Scarantino, a Ă©tĂ© fabriquĂ© de toutes piĂšces, contribuant Ă faire condamner des innocents au rĂ©gime du 41 bis pendant plus de 23 ans, jusquâĂ ce que la vĂ©ritĂ© Ă©clate. Ce massacre a fait sauter plus de cent mĂštres dâautoroute : pourtant, au lieu de chercher immĂ©diatement les vĂ©ritables instigateurs, le systĂšme a prĂ©fĂ©rĂ© trouver un coupable Ă vendre aux mĂ©dias.
Ces faits montrent que le systĂšme politique italien nâest pas seulement corrompu, mais capable de dĂ©tourner les enquĂȘtes mĂȘme sur les crimes les plus atroces. Alors imaginons ce qui peut se passer avec une Ćuvre Ă plus de 120 milliards dâeuros, sous le plein contrĂŽle de la politique, dĂ©jĂ aujourdâhui menacĂ©e par des infiltrations mafieuses et des scandales. Est-il si difficile de croire quâils sont dĂ©jĂ en train de chercher le prochain coupable Ă sacrifier, avant mĂȘme que les crimes soient commis ?
Et câest ici quâil faut rappeler un autre nom : Silvana Saguto, ex-prĂ©sidente de la section des mesures de prĂ©vention du tribunal de Palerme, prĂ©sentĂ©e pendant des annĂ©es comme un symbole de la lĂ©galitĂ© antimafia. Elle a Ă©tĂ© condamnĂ©e dĂ©finitivement Ă 8 ans et demi de prison pour avoir gĂ©rĂ© de maniĂšre criminelle les biens confisquĂ©s aux mafieux, distribuant missions et ressources Ă ses proches. Le documentaire Netflix âVendetta : la vĂ©ritable histoire de Silvana Sagutoâ a montrĂ© comment la magistrature a exploitĂ© le patrimoine mafieux pour construire carriĂšres et fortunes personnelles.
Cela dĂ©montre quâutiliser une figure institutionnelle comme De Gennaro nâest pas une garantie de transparence, mais peut signifier perfectionner lâarnaque Ă lâitalienne. Le systĂšme utilise tout : mafieux, ândrangheta, appareils dĂ©voyĂ©s et hommes dâapparente honorabilitĂ© pour renforcer la façade.
Encore une fois, nous sommes face à un schéma qui se répÚte :
- Infrastructures promises et jamais achevées
- Milliards disparus
- Politiques impliqués et jamais condamnés
- Boucs Ă©missaires parfaits â piĂ©gĂ©s et livrĂ©s Ă lâopinion publique
- Peuple sicilien étiqueté comme mafieux
- Paysage défiguré : éoliennes rouillées, chantiers infinis, béton dans le détroit
- Familles expropriées et abandonnées
Est-il normal que le chef dâun parquet antimafia dĂ©jeune Ă huis clos avec lâancien chef des services secrets, aujourdâhui prĂ©sident dâEurolink, alors que lâItalie se prĂ©pare Ă la plus grande Ćuvre publique jamais construite ? Non. Câest troublant. Et cela doit faire rĂ©flĂ©chir chaque citoyen honnĂȘte.
Un projet qui rapporterait non pas des millions mais des milliards dâeuros au systĂšme politico-criminel du âMade in Italyâ, construit sur le dos des Siciliens, et prĂȘt Ă rejeter la faute sur la mafia ou sur quelque pion commode.
Et si câest encore la Sicile qui paie lâaddition⊠tant pis. Car dans le vocabulaire du pouvoir italien, âsicilienâ et âmafieuxâ sont synonymes. Et câest prĂ©cisĂ©ment cela la plus grande honte nationale.
đïž Qui est Gianni De Gennaro et quâest-ce quâEurolink ?
Gianni De Gennaro a été chef de la police de 2000 à 2007 puis sous-secrétaire à la présidence du Conseil chargé des services secrets.
Aujourdâhui, il est prĂ©sident du consortium Eurolink, responsable de la rĂ©alisation du Pont sur le dĂ©troit.
Eurolink S.c.p.A. est :
- Un consortium fondé en 2004 pour construire le Pont
- DirigĂ© par Webuild (ex-Salini Impregilo), avec dâautres entreprises italiennes et Ă©trangĂšres
- Mandaté par la société publique Stretto di Messina S.p.A.
- Le bras opĂ©rationnel du projet, avec liens directs avec lâĂtat, les rĂ©gions, les administrations
En tant que président, De Gennaro a un pouvoir énorme : il supervise la partie technique, mais aussi les relations politiques et institutionnelles.
đž Combien coĂ»te rĂ©ellement ce Pont ?
La presse parle de 13,5 milliards dâeuros, mais les estimations rĂ©elles sont bien plus Ă©levĂ©es :
- Plus de 70 milliards pour les infrastructures complémentaires
- 15 milliards pour les connexions cÎté sicilien
- 25 milliards pour lâintĂ©gration Ă la grande vitesse
- Plus dâ1 milliard dĂ©jĂ dĂ©pensĂ© en pĂ©nalitĂ©s, Ă©tudes et gaspillages
đ Total : plus de 120 milliards dâeuros
Une somme qui pourrait ruiner lâĂ©conomie sicilienne et nationale. Mais qui paiera ?
đïž Les vrais risques : une Sicile expropriĂ©e et abandonnĂ©e
Selon les plans, plus de 4 500 familles pourraient ĂȘtre expropriĂ©es.
Mais si le projet sâarrĂȘte â comme tant dâautres â, seuls les Siciliens paieront : familles expulsĂ©es pour rien, image de lâĂźle ruinĂ©e, environnement dĂ©vastĂ©.
đą Un avenir trahi : ferries, travailleurs, Ă©conomies sacrifiĂ©es
Le Pont met en danger des milliers dâemplois liĂ©s aux ferries, au tourisme, au commerce maritime.
La Sicile a dĂ©jĂ des centaines dâinfrastructures inachevĂ©es : investir lĂ offrirait du vrai travail.
đȘïž Lâhorreur des Ă©oliennes fantĂŽmes
Des parcs montés sans moteurs, laissés à rouiller. Zéro kilowatt, mais des profits pour certains. Un scandale environnemental et politique.
â Les questions qui comptent
- Si 4 500 familles sont expulsées et que le projet échoue, les politiques sont-ils punis ? Non.
- LâĂtat peut-il accuser la mafia alors quâil nâa rien empĂȘchĂ© ? Oui. Il le fait toujours.
- Politiques et mafia peuvent-ils voler ensemble et faire payer le peuple ? Oui.
- Peut-on punir les partis politiques impliqués dans la corruption ? Pas encore. Mais nous, Siciliens Indépendants, le demandons.
đŁ Conclusion : un systĂšme politico-criminel, et câest toujours la Sicile qui paie
Article 54 de la Constitution italienne : âLes citoyens investis de fonctions publiques doivent les remplir avec discipline et honneur.â
Mais lâhonneur est Ă©changĂ© contre le pouvoir. Personne ne paie jamais pour les scandales. Le Pont est juste le dernier acte dâune tragĂ©die dĂ©jĂ Ă©crite.
đ„ TĂ©moignage dâun travailleur des ferries :
« Jâai trois enfants. Ce Pont peut nous faire tout perdre.
On nous traite comme des numĂ©ros. Si tu dĂ©truis une ligne maritime pour âle progrĂšsâ, assure au moins un avenir Ă ceux qui y travaillent. Au lieu de ça, on nous jette. »
đĄïž Proposition de loi populaire
Nous, Sicilia Indipendente, demandons une loi constitutionnelle sur la responsabilité politique collective dans les grands marchés publics :
- Dissolution des partis impliqués en cas de corruption
- Interdiction dâexercer toute fonction publique pour les responsables
- Indemnisation automatique pour les familles expropriées sans bénéfice public
- RĂ©affectation des fonds des grandes Ćuvres aux infrastructures locales abandonnĂ©es
Ce nâest pas une utopie. Câest une justice prĂ©ventive.
Et si on veut vraiment ce Pont, quâon le blinde contre les voleurs en costume-cravate.
Nous ne sommes pas contre le travail. Nous voulons du travail vrai.
Nettoyer les terres polluées, reconnecter les communautés, créer du tourisme et de la culture.
Ce Pont est une blessure. Et pendant quâils le construisent, ils prĂ©parent dĂ©jĂ Ă en accuser la mafia.
Et pendant ce temps, Giorgia Meloni pense aux Ă©lections, promet des âgrands travauxâ mais ferme les yeux sur le dĂ©sastre en cours.
Nous, Siciliens Indépendants, disons : Assez.
Nous ne voulons plus payer pour leurs escroqueries.
Nous voulons justice, vérité et dignité.
Et face Ă un homme comme De Gennaro, toujours prĂ©sent dans les moments clĂ©s de lâhistoire antimafia,
peut-on encore croire quâil est juste un technicien lĂ pour construire un pont ?
Ou bien lâun des engrenages les plus sombres du âSystĂšme Italieâ ?
Ou on change tout, ou on sera complices de notre propre martyre.